Homme et monde, pieds et poings liés

" Nous devons assumer notre condition d’homme au lieu de chercher à nous en évader. Une complémentarité essentielle unit l’homme, sujet sensible et actif, et le monde, objet de ses perceptions et de son action. C’est folie que de vouloir trancher les liens qui nous unissent au monde, car il nous appartient et nous lui appartenons à tout instant. Qui s’y emploie lui inflige et s’inflige à lui-même une profonde blessure" [1].

C’est ainsi que Jacques Gernet, sinologue et Professeur au Collège de France, présente ce qui est au fondement des réflexions de Wang Fuzhi, penseur Chinois du XVII° siècle, sur l’homme, le monde et la vie.

A l’aube de cette nouvelle année, il m’a semblé que cette citation pouvait l’éclairer. Elle s’adresse aux sourds et aux aveugles, les transhumanistes et les climatosceptiques notamment.

Pour une illustration de cette pensée dans l’univers occidental, voir un dit moral pour faire tapisserie d’Henri Baude, poète Français du XV° siècle.

 

[1] Jacques Gernet, L’intelligence de la Chine. Le social et le mental, NRF / Editions Gallimard, 1994, p. 307


Fêter le nouvel an, une heureuse convention

C’est un rite de passage annuel dont la date est arbitraire. Nous l’avons placé le 31 décembre à minuit et les Chinois entre le 21 janvier et le 19 février selon les années. Peu importe au fond, car il possède le charme biface de tout passage, entre ce qui a été – quoiqu’il ait été – et ce qui sera. Finalement, fêter ce moment c’est s’assurer d’un gain quoiqu’il advienne ensuite du jeu : se souhaiter le meilleur avant que la vie nous livre sa réponse. Tous mes vœux pour 2018 donc à ceux qui passeront par cette page en ce début d’année, et des vœux de courage et de réussite plus particulièrement à ceux qui préparent l’Agrégation de philosophie dont le thème cette année est celui de mon bloc-notes.

Depuis 2015, je profite aussi de ce moment pour dresser un bilan public de son activité.

En 2017, j’ai publié 17 articles, sur un rythme de base d’une publication par mois. La fréquentation de mon blogue s’est stabilisée : il a été visité 3300 fois, soit 275 fois par mois en moyenne. C’est une fréquentation modeste, mais qui ne cesse de me surprendre car mon site n’observe aucun des canons médiatiques de l’attractivité : il n’est composé que de textes longs et réflexifs, même si beaucoup d’articles sont agrémentés d’images ou de vidéos.

Le taux de rebond [1] est devenu nul, alors qu’il s’établissait encore à 9 % l’année précédente. Cela signifie que les visiteurs arrivent souvent sur mon bloc-notes au hasard de leurs questions, mais qu’une fois arrivés ils y consultent plusieurs articles. Parmi eux, deux classes d’âge domineraient [2] largement : 25 % auraient entre 18 et 24 ans et 20 % de 25 à 34 ans.

Ces résultats tiennent à plus de 70 % au référencement naturel [3]. Parfois, à certaines questions que se posent les internautes, les moteurs de recherche répondent en proposant dans une position honorable, c'est-à-dire dans les premières, des articles ou des images publiés sur mon bloc-notes.

Je reproduis ci-dessous, dans un ordre décroissant les vingt articles de mon bloc-notes qui ont été les plus consultés en 2017. Cette liste peut être analysée comme un inventaire de sujets qui intéressent des internautes, dont le traitement est suffisamment original ou spécifique pour les orienter vers mon blogue.

Titre de l’article

 

Date de publication

 

1.      Le Pont du Gard, un travail de Romain

Mars 2016

2.      Le petit Paradis illustré

Janvier 2017

3.      La leçon de labourage

Avril 2014

4.      Faut-il perdre sa vie pour la gagner ?

Mai 2016

5.      Tripalium, une étymologie populaire… mais fausse

Septembre 2016

6.      Le revenu universel, fossoyeur ou rédempteur du travail ?

Mars 2017

7.      Jérôme Bosch : Le jardin des délices et du désœuvrement

Janvier 2017

8.      Le forgeron de Paul Klee

Juillet 2016

9.      Le chant du styrène d’Alain Resnais

Mai 2017

10.   Travailler, même au Paradis

Janvier 2017

11.   La nature escamotée du travail : le cas Marx

Juin 2015

12.   Le travail est-il seulement un instrument de torture ?

Janvier 2014

13.   Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture

Octobre 2016

14.   Kafka, écartelé entre le travail et le bureau

Avril 2016

15.   Hokusai ou le travail japonais avant Toyota

Juin 2015

16.   Méthode pour que s’évanouisse le mirage de la valeur économique

Février 2017

17.   Le philosophe face au travail contemporain

Juin 2017

18.   La nature escamotée du travail : le cas Piketty

Décembre 2015

19.   L’allégorie du travail et de sa rémunération

Mars 2014

20.   Peut-on manager pour renforcer le lien social ?

Novembre 2016

Sept articles datent de 2017, sept de 2016, trois de 2015 et trois de 2014. Peut-être l’un d’entre eux vous a-t-il échappé ? Vous pourrez le retrouver en cliquant sur son nom.

Bonne année et bonne lecture !

Saint Gengoux de Scissé, le 31 décembre 2017

 

[1] Le rebond est le fait d’arriver sur un site et de ne plus ensuite avoir d’interaction avec lui. Soit l’internaute a été mal orienté, soit il n’est venu que pour consulter la page sur laquelle il est arrivé.

[2] C’est un conditionnel de prudence. Google tire des statistiques sur les âges à partir de critères que lui seul connait et dont la fiabilité ne peut être vérifiée.

[3] Le référencement naturel est celui que réalisent les moteurs de recherche. L’internaute, en tapant sa phrase ou sa question, se voit proposer des résultats. Lorsqu’un site apparait en début de liste, la probabilité qu’il le visite est très forte.


Amour, jeu, vol… et travail dans la peinture indienne

J’ai visité au Musée Guimet, en début d’année, une exposition de peinture indienne intitulée « Ascètes, sultans et maharajahs ». Le travail n’y était que fort rarement représenté, mais beaucoup d’autres activités humaines en revanche l’étaient. Cela m’a donné envie de poursuivre l’exploration de l’art pictural indien – dont j’ignorais tout – et d’engager en même temps une réflexion sur la manière dont nous distinguons et classons les activités qui nous occupent.

Les œuvres indiennes relèvent d’une multitude de genres : scènes de chasse et de batailles, portraits de souverains ou de dignitaires, effigies de dieux hindous ou de bouddhas, scènes tirées de la littérature religieuse, romanesque ou poétique, représentations de la flore ou de la faune... Cela forme un riche ensemble dans lequel j’ai puisé en appliquant deux filtres successifs. J’ai d’abord créé des sous-groupes d’activités que nous ne considérons pas comme un travail, mais qui ont avec lui un air de famille. La peinture indienne étant très codifiée et de qualité très inégale, j’ai ensuite privilégié les œuvres que je trouvais plastiquement les plus charmantes ou les plus originales au regard de notre tradition picturale afin que la réflexion soit précédée du plaisir des yeux ou de l’étonnement de l’esprit.

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Le travail insensé

Le film qu’a réalisé Koki Tanaka en 2012 pour le compte du Musée national d’art moderne de Tokyo permet de prendre une mesure quasi-charnelle de ce que peut être le travail lorsqu'il est vidé de sa substance. C’est à la fois drôle et tragique.

Je me permets ici d’en diffuser un extrait de cinq minutes qui rassemblent les scènes que j’ai trouvées les plus particulièrement saisissantes.

 

Mais je vous invite à visionner l’intégralité du film que Koki Tanaka diffuse sur Viméo en même temps que d’autres de ses œuvres. Il ne dure que 13 minutes. Vous pouvez y accéder en cliquant ici.

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« Travail - Techniques – Production » à l’Agrégation de philosophie 2018

Le travail, la (les) technique(s) et la production sont des thèmes que j’explore depuis de nombreuses années. A l’attention des étudiants préparant l’Agrégation de philosophie qui découvriraient l’existence de mon bloc-notes, j’ai établi un sommaire, regroupant par grandes catégories l’ensemble des articles qui y sont parus depuis décembre 2013, afin de faciliter leur consultation. Je suis convaincu qu’ils pourront trouver ici nombre de références et réflexions utiles à leur méditation philosophique. Ils pourront en trouver également  dans Le travail contre nature, un essai présenté dans l'onglet Publication.

Voici le sommaire thématique de ce blogue. Il suffit de cliquer sur un titre pour ouvrir, dans une nouvelle fenêtre, l’article correspondant.

 

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Une révolution agricole à bout de souffle

Le terme de « révolution » est de nos jours assez galvaudé et on s’y perd souvent dans leurs nombres et leurs temporalités. Un article récent par exemple annonce une septième révolution agricole, sans préciser quelles étaient les précédentes [1]. Il me semble toutefois parfaitement légitime d’utiliser cette expression pour ces 200 dernières années dans la mesure où elles ont effectivement abouti à renverser la démographie professionnelle de notre pays ainsi que je l’ai montré précédemment (« Les mutations longues du travail : le cas de l’agriculture »). Mais cela ne signifie pas pour autant que son moteur ait été le même sur toute cette période. Cela peut d’ailleurs être un sujet d’étonnement, car tout s’est passé comme si, lorsqu'une dynamique productive s’étiolait, une autre prenait le relais, comme si donc une volonté productiviste largement partagée était à l’œuvre en arrière-plan et donnait son unité à l’ensemble de la période.

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La révolution du travail agricole en trois représentations

J’ai extrait de l’article que je publierai le mois prochain, les images commentées qui illustraient chacune des trois époques de cette révolution. Elles figurent ici comme amorce d’une explication à venir.

Première époque : une révolution venue d’ailleurs (1789-1850)

Redonner à la terre ce qu’on lui a pris

Le semeur Millet
Le semeur de Jean-François Millet (1849-1850)

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L'usine pantomimée

J'ai découvert très récemment Étienne Decroux, ses recherches sur la pantomime et cette œuvre, qu'il a présentée en 1960 au Carnegie Hall à New York. Elle est sans parole, mais pleine d'observations fines et évocatrices des gestes et bruits industriels. 

 

« Dans notre art », disait-il, « le corps de l'homme est la matière, il faut que ce soit lui qui imite la pensée » (Étienne Decroux, Paroles sur le Mime, Librairie Théâtrale, 1963) . Est-ce que ce ne serait pas aussi le cas dans les usines ?

 


Balade philosophique en Albanie du 21 au 28 octobre 2017

J’avais déjà relayé en mars 2016 la proposition d’un ami philosophe, Bernard Benattar, de Rando-philo en Crête. Cette fois-ci, c’est une balade philosophique qu’il organise en Albanie. En voici la promesse :

« Une aventure humaine et collective, une invitation à philosopher tout en marchant, en découvrant nos voisins de cœur d'Albanie qui ont depuis des décennies un passé commun avec la France.

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Le philosophe face au travail contemporain

Le développement des sciences humaines, à partir de la fin du XIX° siècle, a progressivement fait perdre à la philosophie l’hégémonie qui était la sienne pour penser l’homme. Quelle est sa légitimité aujourd'hui pour investir le champ du travail, occupé par de nombreuses disciplines plus anciennes qu’elle sur ce terrain, et bien outillés méthodologiquement et conceptuellement ?

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